20-06-2008
 

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Les Abakwas


Les Ibo, Ibibio et Ijaw, qui proviennent du sud-est du Nigéria et du sud-ouest du Cameroun, étaient connus sous le nom de Carabali ou Brikamo et furent amenés en 1762. Un sous-groupe des Ibibio appelé les Efiks amena à Cuba la seule société secrète qui survécut au passage, les Abakwas. Cette société trouva ses racines dans les villes de La Havane et de Matanzas où elle prit une importance considérable dans la politique locale à partir de 1820. Les conditions économiques, le besoin croissant de main-d’oeuvre d’une part et le protectionnisme dont s’entouraient les classes aisées dans les meilleurs quartiers de la capitale, d’autre part, ont favorisé l’éclosion d’une organisation socio-politique comme celle des Abakwas. Il est à signaler qu’elle correspond à celle des « hommes léopards » dans les colonies anglaises. Kwa en langue Erik ou Ekoi (employé dans les cérémonies) signifie tout simplement léopard.

Les Abakwas ne forment pas une religion mais une association fermée, exclusivement réservée aux hommes, initiés et liés par un serment. Ce sont les Ekobios ou Moninas. Craints (ne sont-ils pas supposés sacrifier des victimes humaines-catholiques, des Blancs de préférence ?) et en même temps objet de la risée générale en raison de leur côté « pittoresque », on les appelle « Naòigos », petits frères. Il est vrai que la masse du public n’a que rarement l’occasion d’être confrontée avec leurs rites, notamment quand les Abakwas sortent en groupe dans la rue lors du carnaval de La Havane. Les « Diablitos » ou « Ireme » sont des danseurs masqués, dont les vêtements sont une abstraction de la peau de léopard avec, autour de la ceinture, une rangée de clochettes et de sonnailles. Les Ireme, qui sont en réalité les officiants du rituel, purifient par leurs danses et leurs mouvements la route prise par le cortège. Les chercheurs tiennent à voir dans le bâton (Iton) un symbole phallique et dans la poignée de petites branches (Ifa), qu’ils tiennent dans les mains, l’héritage d’un lointain culte agraire de la fertilité.

Dans l’est de l’île, deux cabildos existent toujours dans la ville de Santiago de Cuba où ils jouent un rôle important dans le carnaval de la cité. Le personnage Abakwa, Ireme, est quasiment devenu le symbole du folklore afro-cubain.


Les Araras


Les Ewes/Fons proviennent du royaume du Dahomey, le Bénin actuel. Le royaume du Dahomey fut attaqué par les Yorubas et beaucoup d’Ewes/Fons furent amenés à Cuba entre 1750 et 1800. Les Yorubas furent affaiblis par ces guerres, beaucoup d’entre eux furent capturés puis revendus pour la traite au 19ème siècle. Les Ewes/Fons créèrent la religion connue à Cuba sous le nom de Regla Ararà, particulièrement pratiquée à Matanzas. Cette religion a d’ailleurs été largement assimilée à la Santeria.

Le nom Ararà est un dérivé du nom d’une ville du Dahomey, Allada, et il est relatif au terme Rada, trouvé en Haïti mais aussi à Arrada, dans la minuscule île de Carriacou dans les Grenadines. Dans les deux cas, le nom se réfère au style de percussions du Dahomey. On en retrouve des traces dans les villes brésiliennes de Sao Luis do Maranhào, Salvador, Recife et Porto Alegre. A Cuba, les Araràs furent toujours une minorité en comparaison avec les Lucumis et leurs distinctions culturelles particulières sont aujourd’hui en passe de disparaître. Les centres Araràs se retrouvent dans la ville de Matanzas (Jovellanos, Maximo Gomez, El Perico).


Conclusion


Il existe donc à Cuba une grande variété d’ethnies et un réel mélange racial. En 1526, un décret royal permit aux esclaves d’acheter leur liberté. Il s’ensuivit de nombreuses interactions entre les noirs libres, les Espagnols, les esclaves et les différents groupes ethniques, durant une grande période.

Bien qu’il y ait plus de Bantous que de Yorubas, la religion de ces derniers devient la plus pratiquée à Cuba, en partie à cause de leur facilité d’adaptation aux autres rites, comme la Régla Ararà, mais aussi parce qu’elle pouvait se pratiquer en parallèle avec d’autres traditions comme le Palo Monte, le Catholicisme (pratiqué communément par les individus en parallèle avec la Santeria, mais sans le réel consentement de l’Eglise), le spiritisme et la société secrète Abakwa.

En tout, depuis le début de la traite, quelque 100 millions de personnes ont été éparpillées sur le continent si l’on inclut les morts, victimes des guerres relatives à la traite des esclaves, les esclaves perdus lors de la traversée de l’Atlantique et ceux laissés vivants dans d’autres pays. Au moins 15 millions d’Africains furent laissés vivants en tant qu’esclaves durant la totalité de la traite. (En comparaison, en 1999, on comptait plus de 100 millions de personnes au Nigéria, dont 13 millions de Yorubas).

Le nombre total d’esclaves amenés à Cuba durant la totalité de la période (1521-1870) fut approximativement de 1,3 million, c’est à dire 1 esclave sur 10, amenés sur le continent américain. Ils furent amenés pour la plupart au 19ème siècle.

   

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